Sensibiliser, dénoncer et sanctionner pour réduire les violences faites aux femmes au Benin

 Une journaliste de la radio locale Deeman enregistrant une émission de sensibilisation sur les violences faites aux femmes. Crédits photo: PNUD Bénin

Après les acteurs de premier contact que sont les assistants sociaux, les Officiers de Police Judiciaire (police et gendarmerie) et les ONGs, les animateurs des médias de proximité du nord Bénin ont été ciblés en tant que partenaires stratégiques pour lutter efficacement contre les Violences Basées sur le Genre (VBG) en général et les Violences Faites aux Femmes (VFF) en particulier.

 

C’est ainsi que le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), en collaboration avec l’UNFPA et le Ministère en charge de la Famille, a réuni une vingtaine de journalistes des radios et télévisions locales du 27 au 30 octobre 2015  à Parakou autour d’un atelier de renforcement de capacités pour une meilleure connaissance des actes qualifiés de VBG et des mesures à prendre pour la prévention et la répression de ces actes.

 

Au cours du troisième trimestre de l’année 2015, les statistiques recueillies auprès des services d’écoute des 15 Centres de Promotion Sociale (CPS) des départements du Borgou/Alibori (nord-est du Bénin) révèlent 34 cas de violences conjugales, 10 cas de viol, 2 cas de mutilations génitales, 4 cas de harcèlement sexuel et 5 cas de coups et blessures, signalés, s’indigne Madame Elisabeth Ayedegue, Chef service de la Promotion de Genre et de la femme à Parakou. Elle poursuit : « les actes de violences faites aux femmes sont persistants dans les deux départements et les cas recensés ne sont que la partie visible de l’iceberg, car beaucoup de cas ne sont pas dénoncés.».

 

D’après le magistrat Armel Azodogbehou, « les contraintes sociologiques influent beaucoup sur la dénonciation des faits de violences faites aux femmes au Bénin. Par exemple, certaines victimes exigent le retrait de leur plainte et menacent de se suicider le cas contraire », rapporte-t-il. Cet état des choses renforce l’impunité, favorise grandement la persistance de ces actes et la conduite à terme des procédures judiciaires peut servir de tremplin pour décourager les comportements répréhensibles. D’où la nécessité d’impliquer les médias dans la sensibilisation, la dénonciation des cas de violences faites aux femmes.

 

Dans le but de garantir la prise en charge et la protection des victimes, les agences du Système des Nations Unies ont mis en place des Procédures Opérationnelles Standards (POS) en matière de prise en charge des victimes des VFF. Les POS ont eu le mérite de faire non seulement le bilan des services existants pour prendre en charge les victimes (santé, justice), mais aussi d’identifier les lacunes et les défis à relever pour une prise en charge effective et optimale des VBG. Il s’agit d’un outil de plaidoyer qui vient renforcer l’efficience du dispositif légal de répression des VFF en vigueur depuis 2012.

 

Ce mécanisme est complété par la mise en place d’une plateforme électronique de dénonciation des VFF tout en garantissant l’anonymat et la protection des dénonciateurs. Cette plateforme numérique, financée par le Danemark à travers l’UNDP Innovation Facility, sera lancée au cours de la quinzaine d’activisme pour la lutte contre les violences aux femmes (du 25 novembre au 10 décembre 2015).

 

Toutes les mesures volontaristes en faveur de l’éradication des VFF ont été exposées et discutées avec les acteurs des médias. Ces derniers ont proposé des thèmes d’émissions de sensibilisation qui ont été enrichis en plénière. Les messages de microprogrammes de sensibilisation les plus pertinents ont été validés et les journalistes sont passés en studio pour les enregistrer, aussi bien en langue française que dans les principales langues parlées dans la région. Un contrat de partenariat permettra de mettre en oeuvre sur une période de six mois, le plan média adopté au cours de l’atelier.

 

En attendant le lancement officiel de la plateforme de dénonciation, les professionnels des médias s’engagent à contribuer à la lutte contre les VBG. Adam Bio Se Orou Se, journaliste et Directeur de la radio rurale locale de Banikoara affirme : « la première démarche, une fois de retour dans mon organe de presse, c’est la restitution de ce que j’ai reçu comme enseignement au cours de l’atelier. Cela se fera lors des conférences de rédaction et de production avec mes collègues. Nous allons mettre l’accent  surtout sur les mariages forcés et le harcèlement sexuel en milieu scolaire, qui restent des pratiques courantes dans ma région ».